Apocalypse Bazar par Pascal Bruckner

Le fanatisme de l’Apocalypse
par Pascal Bruckner

“La planète est malade. L’homme est coupable de l’avoir dévastée. Il doit payer. Telle est la vulgate répandue aujourd’hui dans le monde occidental. Le souci de l’environnement est légitime : mais le catastrophisme nous transforme en enfants qu’on panique pour mieux les commander. Haine du progrès et de la science, culture de la peur, éloge de la frugalité : derrière les commissaires politiques du carbone, c’est peut-être un nouveau despotisme à la chlorophylle qui s’avance. Et rend plus urgent l’instauration d’une écologie démocratique et généreuse. Une course de vitesse est engagée entre les forces du désespoir et les puissances de l’audace.”

P. B.


Les deux Paris
par Jean-Pierre Arthur Bernard

Il ne s’agit pas ici d’une histoire de Paris au cours de la seconde moitié du XIXe siècle mais d’un parcours forcément buissonnier et lacunaire à travers les représentations de Paris. Représentations de Paris telles que les exposent la chronique, l’article de Paris (un genre), clichés répétés à satiété, écume de la littérature (infinie) sur Paris, de Paris, produite par des chroniqueurs, écrivains mineurs, oubliés, qui à leur façon alimentent cette source intarissable, ce fleuve, cet océan, ce verre d’eau (les images reviennent) qu’est l’écriture de Paris. C’est ainsi que s’est constitué ce qu’on a pu appeler le mythe de Paris dont l’origine se trouve bien au XIXe dans la littérature. Mythe d’un Paris toujours un dans son essence : ça c’est Paris, mais aussi toujours divisé en deux. Il y a deux Paris, comme il y a deux corps de Paris, un corps matériel et un corps spirituel, symbolique, un corps mortel comme un corps immortel. Paris est un, unique, Paris se divise aussi en deux. Il y a deux Paris dans l’ordre de la représentation : Paris du jour et Paris de la nuit, Paris de l’opulence et Paris de la misère, Paris du capital et Paris de la révolution, Paris du dessus et Paris du dessous, Paris masculin et Paris féminin, Paris des vivants et Paris des morts… Écrire, dire ce qu’est Paris, avec parfois la passion de la liste, de l’inventaire, c’est aussi une façon de dire, d’écrire ce qu’il n’est pas : la province, Berlin, New York, Londres surtout. Un fragment, un rien de l’écriture de Paris renvoient à Paris comme tout, et Paris en tant que totalité peut déjà se lire dans le fragment ou le rien. Dire, écrire l’essence de Paris, sa quintessence, c’est aussi en dire, en écrire l’existence incarnée ou symbolique. C’est encore dire, écrire les existences dans Paris, celles des individus éphémères et celles, plus durables, stylisées en types, en physiologies. Écrire sur Paris, c’est écrire sur le temps à Paris.

Apocalypse-life : fin de partie
par Dan O.O

Un roman-chaos sans concession, dont on pourrait faire un film. Une oeuvre d’imagination dont on pourrait faire une bande dessinée. Un récit étrange, entre politique-fiction et destinées tragiques, entre virtuel et réel. Un thriller inclassable, non sans humour et non sans fantaisie.

L’Église et l’Apocalypse
par Paul Airiau

La littérature apocalyptique, qui remonte à une tradition pré-chrétienne, se présente Comme une révélation de ce que seront les temps à venir. La naissance du royaume de Dieu y est annoncée au prix de la maîtrise du mal sur toute la terre, prélude nécessaire à son anéantissement par le bien. L’Apocalypse de Jean, le plus connu de ces textes, emploie un langage symbolique qui, au cours des siècles, sera interprété et revendiqué par divers mouvements de pensée, dont le millénarisme. A l’époque de la première croisade, l’Apocalypse, inspirant l’idée de précipiter la fin des temps, fondera véritablement l’unité du monde chrétien face à l’Orient. Mais au fil des siècles, et en dehors de quelques manifestations épisodiques, l’idée apocalyptique sera peu à peu ignorée. La révolution de 1789 et les bouleversements qu’elle entraîna, la confrontation entre l’Eglise et la raison conquérante, réactivèrent dans le monde catholique l’attente de la fin des temps. L’histoire se lira alors à travers des catégories religieuses : Dieu et son Eglise doivent combattre Satan qui mène un complot anti-catholique à travers la modernité. Enfin, une tradition plus spécifiquement eschatologique, à laquelle on peut rattacher le cardinal Lustiger et le pape Jean-Paul II, s’est construite progressivement après la Seconde Guerre mondiale. Elle voit dans le monde moderne le lieu d’un combat spirituel fondamental qui sera conclu par la Parousie. Etroitement liée, depuis une trentaine d’années, au renouveau du phénomène charismatique, cette tradition demeure paradoxalement vivace dans nos sociétés fortement sécularisées. Elle coexiste avec l’apocalyptisme né au siècle des Lumières. En effet, anti-maçonnisme, anti-judaïsme théologique et antisémitisme, anti-protestantisme et anti-mondialisme, expressions pour certains catholiques de la lutte contre une modernité qui bouleverse leurs structures mentales et sociales, après être entrés en convergence au XIXe siècle, ont créé une configuration intellectuelle singulière, propre aujourd’hui aux milieux traditionalistes. Leurs modes de représentations millénaristes ne prennent sens que confrontés aux autres traditions catholiques qui, au fil des siècles, ont fini par ignorer l’Apocalypse. Ayant enquêté sur les manifestations de l’apocalyptisme dans le monde moderne, l’auteur montre en quoi ce mode de pensée est une réalité centrale du catholicisme français, quels qu’aient pu être ses avatars.

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