Cécile Reims Grave Hans Bellmer par Bibliothèque nationale de France

Cécile Reims, graveur et interprète de Hans Bellmer et de Fred Deux
par Bibliothèque nationale de France

Réunit des oeuvres de C. Reims, artiste graveur née à Paris en 1927. Initiée à la gravure au burin par Joseph Hecht, elle produit entre 1950 et 1960 une soixantaine d’oeuvres originales, avant de faire la rencontre de Hans Bellmer, dessinateur et graveur, dont elle se fait l’interprète. A partir de 1971, elle traite également de nombreux dessins de son époux, Fred Deux, ainsi que de Leonor Fini.

Cécile Reims
par Lauren Laz, Cécile Reims

Dès l’enfance, en Lituanie, puis à Paris, Jérusalem ou Barcelone, Cécile Reims (1927) dessine le monde qui l’entoure. Juive, clandestine pendant la guerre, puis sauvée d’une grave tuberculose, Cécile Reims se sent le devoir de donner un sens à cette vie de rescapée et « entre en art» comme on entre en religion. Sa rencontre avec le graveur Joseph Hecht, en 1945, lui fait découvrir le burin, instrument exigeant qui devient son moyen d’expression privilégié. Dans les premières années, naissent les mystérieuses séries Visages d’Espagne, Métamorphoses et Bestiaire de la mort. Mais afin de soutenir la vocation d’artiste et le travail de Fred Deux (1924), qu’elle épouse en 1952, l’engagement de Cécile Reims dans la cause artistique prend une autre forme : elle se détache de son propre travail créateur pour devenir graveur d’interprétation, reportant en gravure le dessin d’un autre artiste. Cécile Reims remplit ce rôle d’exécutant, avec un certain bonheur et un immense talent, et collabore secrètement à l’oeuvre gravé de nombreux artistes de la veine surréaliste, dont Hans Bellmer de 1966 à 1975, Salvador Dali de 1969 à 1988, Fred Deux de 1970 à 2008, ou Leonor Fini de 1972 à 1995. En 2004, la Bibliothèque nationale de France consacrait une importante rétrospective à Cécile Reims, offrant une rare notoriété à une figure longuement tenue dans la clandestinité. L’établissement du catalogue raisonné de son oeuvre gravé s’imposait alors. Très richement illustré, cet ouvrage à caractère scientifique vise à rassembler les plus de 1 400 estampes que Cécile Reims a gravées, à confronter les univers d’artistes majeurs du XXe siècle et à mettre en lumière ce moment passionnant de l’histoire de l’estampe.

Pascal Quignard. La voix de la danse
par Chantal Lapeyre-Desmaison

Au mois de novembre 2010, Pascal Quignard et la danseuse de butô Carlotta Ikeda ont créé la pièce Medea, sur la scène du Théâtre Molière, à Bordeaux. Cette rencontre de la danse et de la littérature était-elle donc marquée du sceau de l’inéluctable ? Oui, parce que la danse est au cœur de l’œuvre de Pascal Quignard, depuis toujours, et elle éclaire indirectement le sens de ses collaborations multiples, avec des peintres, des musiciens, des comédiens. Affirmer la nécessité esthétique et logique de cet événement peut cependant surprendre car, dans le premier temps de l’œuvre, le corps et sa danse n’apparaissaient guère. Pourtant, quand je l’interrogeais à ce sujet dans les entretiens que nous avons menés ensemble en 2000, il répondit ceci : « La danse est un art, bien sûr. J’en parle très souvent, quoi que vous en disiez, sous la forme du corps humain tournant la tête, tombant les bras levés, versant en arrière. ». Cette réponse m’a laissée songeuse. Je n’avais pas lu la danse dans son œuvre, et c’est cette erreur de lecture – ou cette myopie – que l’écriture du présent essai a voulu corriger. Aussi ai-je souhaité lire ici ce que je n’avais pas lu, comprendre ce que je n’avais pas compris, en retraçant l’histoire de cette présence, à la fois fantomatique et réelle, du corps et de sa danse dans l’œuvre.


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