Déduits D’oiseaux Au Moyen Âge par Séverine Abiker

Déduits d’oiseaux au Moyen Âge
par Séverine Abiker

Dans les tableaux des peintres la présence d’oiseaux est instructive pour l’esprit mais, plus que leur aspect, c’est la place qu’ils occupent dans la composition qui est signifiante (Jean Arrouye). La représentation d’oiseaux aussi étranges que la sirène, le griffon ou la serre, échappés de la tradition des bestiaires, est analysée dans le but de comprendre le conflit entre approche rationalisante et goût du merveilleux (Jacqueline Leclercq-Marx). L’étude du rapport entre un texte et ses illustrations permet de montrer la polyvalence de la fonction illustrative, de l’ornementation à l’enrichissement sémantique (Valérie Gontero). Ces créatures ailées évoquent les temps paradisiaques et convient à une lecture symbolique du monde et de l’expression artistique ; leur envol figure le libre voyage de l’âme vers les régions spirituelles (Xénia Muratova). Cette valeur spirituelle est portée par l’oiseau dans des textes aussi différents que les Confessions d’Augustin (Jean Lacroix) et ceux qui célèbrent les amours tristaniennes (Jean-Marc Pastré). Une réflexion philosophique et morale est proposée à travers diverses figures aviaires mises en place dans des textes didactiques (Olivier Linder), ou à portée didactique comme l’Ovide moralisé (Marylène Possamai-Pérez, Stefania Cerrito), mais aussi dans des textes plus narrativisés comme Kalila et Dimna (Nadia Iskandarani) ou comme les sagas islandaises (Daniel Vassaux), où l’oiseau se fait messager d’un savoir caché dans les rêves. Plus emblématique est la fonction de certains oiseaux dans des textes épiques dans lesquels ils représentent les valeurs guerrières ou montrent le pouvoir à venir de celui qui les abat (Armelle Leclercq) ; ou bien encore, sous la forme d’un tendre poussin goulûment dévoré par une femme, l’oiseau dénote des puissances charnelles (Valérie Naudet). De par sa capacité (exemplaire) à se mouvoir dans l’espace aérien invisible, l’oiseau est porteur d’un sens métapoétique : l’usage varié de ce motif permet de rendre sensibles par sa présence récurrente la structure d’une œuvre (Valérie Fasseur), la mise en place d’une esthétique nouvelle à travers une mise en prose (Mathieu Marchal), de dessiner le rôle des personnages (Vanessa Obry), de mettre au jour par le biais de l’humanisation une « stylistique de genre » dans les Isopets (Séverine Abiker), de manifester une matière courtoise (Anne-Marie Begou-Ball) ou une critique de la tradition courtoise (Margarida Madureira), de révéler la beauté…

Façonner son personnage au Moyen Âge
par Chantal Connochie-Bourgne, Julien Abed

Vingt-neuf communications sont rassemblées dans ce volume des Actes du colloque international du Centre Universitaire d’Études et de Recherches Médiévales d’Aix (CUER MA/EA 2207) qui s’est tenu à l’Université dé Provence (Aix-Marseille I) les 9,10 et 11 mars 2006, en vue de dégager la spécificité de cet acte d’écriture complexe qu’est la fabrique du personnage à l’époque médiévale. Le lecteur trouvera des études portant sur les divers domaines littéraires et sur les phénomènes d’intertextualité qui en brouillent les frontières, du XIIe au XVe siècle. La figure du ‘héros’, redéfinie par rapport à celle que semblerait fixer le mythe, se construit en contraste, voire en opposition, comme si elle prenait la forme des forces qu’exercent autour d’elle des personnages réels ou fictionnels. Façonner son personnage crée une tension entre souci de singularité -c’est bien le sien que façonne tel ou tel écrivain- et tradition. Son illusoire et éphémère existence est prise dans un réseau de références littéraires et artistiques diversement explicites. C’est par la lecture toujours que le personnage accède à son véritable statut, produit l’effet d’être façonné à la ressemblance de la créature humaine.

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