Dis Pourquoi ? Les Grandes Questions Des Petits Enfants par Christiane Rochefort

Les petits enfants du siècle
par Christiane Rochefort

La ” Poule-au-Pot “, enfin conquise, doit-elle être immangeable ? Pourquoi le progrès reprend-il d’une main ce qu’il donne de l’autre ? De plus en plus ces questions viennent au premier plan de l’actualité, posées par de grandes voix autorisées.

Ici c’est une toute petite voix, non autorisée, qui ânonne. L’enfant qui promène au milieu de grands blocs de H.L.M. de la banlieue parisienne un chapelet de frères et soeurs et une angoisse indéfinie ne saurait formuler une seule de ces questions-là ; elle subit, elle ne sait pas qu’elle subit, et encore moins quoi ; elle ne manque de rien – de rien de matériel -, et, sans misère, elle ne sait pas pourquoi elle se sent misérable ; elle ne sait même pas qu’on l’étouffe, justement parce qu’on l’étouffe. Simplement elle chante sa petite chanson, dans son langage pauvre, jusqu’au jour où le ” bonheur ” lui sera administré, comme un tampon de chloroforme.

Alors la chanson s’arrêtera.


L’Evangile selon saint Marc
par Etienne Trocmé

L’auteur de l’évangile selon saint Marc se situe à l’intérieur de la toute première Église et a reçu de celle-ci une riche tradition fondée sur les enseignements et les actes de Jésus. Comme on l’a souvent fait observer, il n’utilise qu’une partie de cette tradition. Ce qu’on n’a pas relevé, c’est le fait qu’il modifie l’équilibre interne de celle-ci. D’une tradition relative à Jésus, il fait un ensemble d’exhortations à l’intention des disciples, auxquels il veut rappeler leur devoir missionnaire, présenté comme une marche derrière le Maître. Faute de percevoir cette mutation, on a trop souvent dit que l’évangile selon saint Marc était un récit sans ordre. En fait, il s’agit d’un écrit qui, s’il est rédigé à peu de chose près en langue parlée, est fort bien composé. Concernant la Passion de Jésus (14,1 à 16,8), elle a toutes les apparences d’une addition postérieure liée à une réédition de l’évangile désormais perçu comme une biographie de Jésus. Quant à la première édition, qu’il faut dater bien avant la Guerre Juive de 66-70, elle émane du groupe des “Hellénistes”, ces missionnaires intransigeants et intrépides que nous font connaître les chapitres 6 à 8 du Livre des Actes. Comme l’écrit Étienne Trocmé dans son introduction, “c’est donc avec le sentiment assuré de retrouver, en lisant cet évangile et en réfléchissant à son sens, le message à la fois naïf et fort d’un groupe de chrétiens de la première génération que les lecteurs d’aujourd’hui peuvent se lancer dans l’étude attentive de Marc. Qu’ils nous permettent de les épauler dans cette entreprise”.

Petits bonheurs, bras de fer et vitamines
par Pierre Beauve

Escapade dans le jardin secret d’un grand-père attentif à ses petits-enfants

« Et voilà qu’un beau jour, je fus grand-père. Alors à intervalles plus ou moins rapprochés, je vis débouler mes petits-enfants dans mon jardin, le jardin de Babou, ainsi qu’ils prirent l’habitude de l’appeler. Ses petits-enfants, on les aime deux fois, dit-on. Une fois quand ils arrivent et une fois quand ils repartent. Et en effet, je les ai quelquefois aimés davantage à leur départ qu’à leur arrivée. Cependant, dans mon jardin, ils m’ont souvent ramené là où les choses se regardent moins avec les yeux qu’avec le cœur. Car rien ne vaut les enfants pour vous obliger à négocier des virages qu’on n’avait nulle envie d’aborder… »

Après avoir évoqué son enfance dans un livre précédent, Pierre Beauve prend aujourd’hui sa vie par l’autre bout.
Sous l’œil étonné, amusé, parfois malicieux mais jamais complaisant du grand-père, ses petits-enfants sont les héros d’anecdotes tendres, intimistes et pleines d’humour. À la clé, quelques solides bras de fer dont il ne sortira pas toujours vainqueur…

Des mémoires qui relatent avec humour les relations familiales entre grands-parents et petits-enfants

EXTRAIT 

Je pouvais être fier de mon travail : ma grande pelouse était un véritable terrain de golf. Plus un pissenlit, plus la moindre pâquerette, plus une graminée pour regarder les autres de haut. Il ne me restait qu’à remiser ma tondeuse et à attendre les compliments flatteurs de mon entourage, du laitier entre autres. En ce temps-là, le laitier déposait encore ses bouteilles sur le pas des portes.
“La plus belle pelouse de toute la région”, m’avait-il dit lors de son dernier passage.
Il est vrai que les pelouses, il avait tout le loisir de les observer, lui dont le poids des tournées s’allégeait de semaine en semaine depuis l’ouverture d’un hypermarché dans le coin.


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