Le Désir De Territoire par Alain Corbin

Le territoire du vide
par Alain Corbin

À l’aube du XVIIIe siècle, les colères de l’océan accentuent la répulsion inspirée par les grèves désertes et lugubres. Nulle part, excepté dans l’œuvre de rares individus, ne se dit l’admiration pour l’espace infini des flots ; nulle part ne s’exprime le désir d’affronter la puissance des vagues, de ressentir la fraîcheur du sable. C’est entre 1750 et 1840 que s’éveille puis se déploie le désir collectif du rivage. La plage alors s’intègre à la riche fantasmagorie des lisières ; elle s’oppose à la pathologie urbaine. Au bord de la mer, mieux qu’ailleurs, l’individu se confronte aux éléments, jouit de la sublimité du paysage. Le long des grèves septentrionales, l’alternance du flux et du reflux, le spectacle d’un peuple de « petits pêcheurs », simple, héroïque et redoutable, conduisent l’errance et la rêverie. Dans le saisissement de l’immersion, qui mêle le plaisir et la douleur de la suffocation, s’élabore une façon neuve d’appréhender son corps.

Logiques identitaires, logiques territoriales
par Marie-José Jolivet

Ici, des minorités sont autoritairement déplacées par souci de contrôle ; là, une loi encourage des communautés à revendiquer des droits territoriaux ; ailleurs, un gouvernement envoie des religieux coloniser les peuples frontaliers… : les stratégies des Etats pour gérer la question des ” ethnies ” diffèrent selon les régimes politiques et l’appréciation des dangers séparatistes. Confrontées aux dynamiques socioéconomiques mondiales et au désenclavement qu’elles entraînent, des populations du Sud tentent, dans le même temps, de reprendre en main leur destin. Leurs stratégies sont multiformes et multidirectionnelles : si ceux que la violence pousse vers la ville naviguent encore entre anomie et allégeance, d’autres profitent de leur migration vers le Nord pour renégocier leur position au sein de leur propre groupe ; certains cherchent à conjuguer la transnationalisation de leur Eglise avec le contrôle des paroisses et des lieux saints ; d’autres encore jouent avec les contradictions d’une politique de décentralisation démocratique… Ce numéro d’Autrepart explore ainsi toute une gamme de possibles stratégies. A l’heure de la mondialisation, c’est finalement d’abord, loin des schémas réducteurs, la diversité de ces mouvements et leur richesse qui frappent.

Les territoires de l’excellence sportive
par Marina Honta

L’organisation et la promotion des activités physiques et sportives (APS) en France reposent sur de nombreux acteurs parmi lesquels, les collectivités territoriales. Les implications des Communes, des Départements et des Régions étudiées dans cet ouvrage, sont effectivement substantielles et se caractérisent en outre, par leur rationalisation certaine. Ce dynamisme et la modernisation progressive de la gestion territorialisée du sport ne sauraient cependant occulter plusieurs effets pervers. La mise en œuvre du dispositif du sport de haut niveau permet ici d’analyser aussi bien le volontarisme des collectivités que les dysfonctionnements provoqués entre autres, par leurs interventions. La territorialisation de cette politique publique, en Aquitaine, fait effectivement se rencontrer de nombreux acteurs qui peuvent poursuivre des intérêts divergents et menacer le système construit par l’État et le mouvement sportif.

Territoire Méditerranée
par Anne Laufer, Maurici Farré

Le ” dialogue interculturel ” est-il un concept vide de sens ? Imaginez un territoire continu, sans frontière de l’est à l’ouest de la Méditerranée. Un territoire pourtant constitué d’un nombre infini d’individus, de contextes toujours particuliers. Où ces caractéristiques qui différencient les uns des autres ne sont pas des obstacles, mais des tremplins pour penser, se penser. C’est ce que propose ce livre. De l’Algérie à la Turquie, en passant par la Suisse, la France, l’Egypte, le Liban ou l’Allemagne, des artistes, des écrivains ou des journalistes réfléchissent et se racontent en fonction de leur relation avec l’autre. Grâce au foisonnement de récits, d’essais, de correspondances ou d’images qu’offre cet ouvrage, le lecteur se rend compte de l’étonnante parenté des questionnements sur ce que signifie ” vivre ensemble “, ainsi que de la proximité des inquiétudes de part et d’autre de la Méditerranée. Il assiste à une vraie rencontre, généreuse, nourrie d’une volonté lucide de se confronter à l’autre, teintée parfois de méfiance, toujours féconde.

Penser les territoires
par Paul Cary, André Joyal

Comment penser la diversité des territoires aujourd’hui ? Quel effet la mondialisation et l’économie du savoir ont-elles sur l’organisation territoriale ? Comment rendre compte de la dynamique interne des régions ? Où en sont les réflexions sur les pôles de compétitivité et autres districts industriels ? Les mêmes solutions s’appliquent-elles aux zones rurales et urbaines ? _x000D_ _x000D_ Analysant les plus récentes évolutions qui touchent les territoires, des géographes, sociologues, économistes et historiens de l’Amérique et de l’Europe traitent de ces questions qui animaient le regretté Georges Benko (1953-2009). Les auteurs rendent ainsi un hommage tout particulier à celui qui a contribué à la mise en place d’une nouvelle géographie socioéconomique attentive à la construction sociale de l’espace, notamment par son œuvre phare Les régions qui gagnent (1992), qu’il avait coordonnée avec Alain Lipietz. _x000D_ _x000D_ Cet ouvrage approfondit les perspectives de recherche de ce grand universitaire, souligne la capacité des territoires à s’inscrire dans la mondialisation et s’attarde sur les trajectoires des « régions qui gagnent » et des politiques qui les ont soutenues. S’il insiste sur les logiques d’agglomération des grandes villes, il n’oublie pas les espaces ruraux, marqués par une intense recomposition._x000D_

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