[Le Jardin Médiéval], Colloque À L’abbaye De Saint Arnoult, Monastère Des Arts Les 3 Et 4 Septembre 1988 par Eve Duperray

L’Or des mots
par Eve Duperray

Construire son propre mythe à la mesure de sa gloire – en somme écrire à la Postérité – telle fut l’ambition de Pétrarque. Avec la vallée de Vaucluse il en définit le territoire et, à travers la figure de Laure, transposition de la Laurea poetica, le contenu. Cette genèse emblématique d’une fable biographique constitue comme la préhistoire du pétrarquisme. Elle est le fruit d’une complexe élaboration littéraire en abyme où toutes les ambiguïtés possibles du vécu recoupent les versions de l’imaginaire. L’intensité significative du mythe pétrarquiste, ancré en terre provençale, a traversé les siècles avec des périodes de silence où on le croyait disparu et des réveils suivis de fortes et intenses résurgences. Dès le XVIe siècle, la redécouverte de la vallée accompagne le courant du pétrarquisme européen et génère une archéologie affective, initiatrice d’un culte des lieux et des reliques. A l’aube du Grand Siècle, ce goût désormais suranné emporte avec lui dans les eaux souterraines du pétrarquisme certains courants précieux et baroques. Ce n’est que dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle que l’on assiste à un renouveau du mythe. Il ne s’agit plus uniquement d’un phénomène littéraire mais aussi d’un fait de société qui s’amplifie au XIXe siècle dans les tourments du moi et du sentiment jusqu’à prendre des formes exacerbées et mystiques. Son ultime manifestation avant son déclin, jusqu’au-delà des années 1900, adopte une expression populaire où le drame devient mélodrame, la sensibilité sensiblerie et la représentation imagerie saint-sulpicienne. Cette étude consacrée à la fortune de Pétrarque rend compte du pétrarquisme français comme manière de penser l’amour en l’associant à l’imaginaire d’un lieu ; elle analyse sa diffusion par les voies de la littérature, des représentations figurées et détermine ses enracinements politiques et sociaux à partir des catégories de pensée, d’imagination et d’affect par lesquelles un des mythes fondateurs du lyrisme occidental s’est construit, a été perçu et transmis.

Du Ciel à la terre
par Florent Quellier, Georges Provost

Par son ancrage terrien, son capital économique et son rôle social, le clergé a longtemps tenu un poste clef pour intervenir dans les choses de la terre. De la Renaissance à la veille de 1914, vingt-cinq historiens tentent ici d’évaluer le poids et les résultats concrets de l’investissement humain, pédagogique et économique des Églises chrétiennes – catholique et protestantes – dans le secteur agricole. Multiples, les champs d’observation s’étendent du Levant espagnol à la montagne libanaise, du nord de l’Italie aux confins de l’Angleterre, de la France au Québec. Dans l’introduction de nouvelles techniques agraires, l’acclimatation de nouvelles plantes, la fondation de comices ou de fermes-modèles etc., le clergé fut-il un agent de diffusion actif ? A contrario, les grandes propriétés ecclésiastiques, les biens de mainmorte, la perception de la dîme ont-ils été des freins au dynamisme agricole ? À l’heure des Réformes et d’une certaine notabilisation du clergé, puis à l’épreuve du XIXe siècle, quels liens le monde ecclésiastique a-t-il gardés avec l’agriculture : agronomie de cabinet, implication concrète ou éloignement progressif ? Du Ciel à la terre, la rencontre entre spécialistes du monde rural et spécialistes du fait religieux livre un bilan nuancé.

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