L’inaccessible Orient par Société française de littérature générale et comparée. Congrès, Juliette Vion-Dury, Jean-Marie Grassin, Bertrand Westphal

Littérature & espaces
par Société française de littérature générale et comparée. Congrès, Juliette Vion-Dury, Jean-Marie Grassin, Bertrand Westphal

La dimension spatiale du monde s’est imposée à l’évidence après les bouleversements, parfois tragiques, qui ont modifié le paysage de l’homme de la seconde moitié du XXe siècle. Alors qu’il émergeait dans la théorie littéraire, l’espace s’est aussi temporalisé, à moins que le temps ne se soit spatialisé. ” C’était la surface et la profondeur. C’était l’espace et le temps et l’espace-temps et le temps-espace “, dit un personnage du romancier suédois Göran Tunström. Sans aucun doute y avait-il matière à consacrer le XXXe congrès de la Société Française de Littérature Générale et Comparée à l’étude des relations entre la littérature et l’espace, ou mieux : entre la littérature et les espaces. Le pluriel inscrit en effet l’espace dans le concret et le fragmentaire, le rend multiple, sollicite la comparaison. Ce volume s’organise autour d’une série de réflexions concernant la théorie spatiale et le réenchantement du monde, certaines trajectoires tendues, la quête d’un référent perdu et la fréquentation de mondes possibles, le non-lieu et l’espace des genres, ou encore une littérature générale qui se situerait au carrefour des différentes formes de la représentation.

Le Nouveau Moyen-Orient
par Jean-Pierre Filiu

La révolution syrienne a débuté en mars 2011. A la différence des précédents pays arabes, dont le dictateur a été chassé par des manifestations de rue, la Syrie de Bachar el Assad a connu une longue période de contestation du régime sans que celui-ci ne tombe, avant d’entrer dans une terrible guerre opposant la population civile aux milices du régime. Cette transformation de la dynamique révolutionnaire en Syrie est inhérente à un grand nombre de facteurs (dont le facteur temps, qui laisse la possibilité pour certaines forces contre-révolutionnaires de limiter le résultat d’une révolution déjà victorieuse) ; mais surtout elle traduit la spécificité de l’enjeu que constitue la Syrie, à la fois le « cœur de l’arabité », héritière d’une longue histoire culturelle et politique, et pivot d’une région géographique, le Moyen-Orient, qui a été construite de toutes pièces par les puissances coloniales à la veille de la chute de l’Empire ottoman. C’est là, cent ans après la Syrie mandataire, au début du XIXe siècle, que fait rage l’une des grandes batailles qui reconfigure le monde : le peuple syrien veut reprendre son destin en main, achever un processus d’émancipation politique qui n’a pas pu être mené à bout. Et dans le même temps s’y déploie un nouveau « grand jeu », où s’exercent des influences et des guerres par procuration, mettant aux prises la majorité des acteurs régionaux (Qatar, Arabie saoudite, Iran, Russie, Chine, E.U. etc.). Quelle que soit l’issue des bras de fer en cours, entre le régime et la population, entre les puissances qui se disputent une influence locale, l’An II de la Révolution arabe aura été déterminant.

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