Quotidien De Paris (Le) [No 1614] Du 30/01/1985 – Pc – Ou L’on Reparle De Fabien – Opposition – L’etat De L’union… par François Zourabichvili

Le vocabulaire de Deleuze
par François Zourabichvili

Il est connu que la philosophie de Gilles Deleuze affirme l’immanence. Mais cette affirmation ne se sépare pas d’une certaine pratique du langage, qu’un nom programmatique résume : littéralité. Un préjugé veut pourtant que les concepts deleuziens soient des métaphores. Entrer dans la problématique de l’immanence, c’est découvrir le non-sens de cette imputation, l’inconsistance des prémisses qui la soutiennent (la confusion du littéral et du propre, prisonnière d’une conception sédentaire du sens). C’est aussi redonner son vrai statut au concept, comme unité de création philosophique. Nul n’indique mieux que Deleuze ce que doit être un Vocabulaire : non pas un recueil d’opinions sur des thèmes généraux, mais une série de croquis logiques décrivant autant d’actes de pensée complexes, intitulés et signés.

La défaite impossible : enquête sur les secrets d’une élection
par Jean-Luc Mano, Guy Birenbaum

Sur ce point, son entourage est formel : quand Jacques Chirac réfléchit, il marche. Et ces temps-ci, le Président ne tient plus en place. Et cette jambe qui s’est remise à battre irrépressiblement la mesure d’une partition que lui seul entend ! Voilà un signe qui ne trompe jamais. Pour ses proches, le doute n’est plus permis : « C’est sûr, il mijote quelque chose… » Quelques mois plus tard, c’est la dissolution, puis les législatives du 25 mai et du 1er juin. Quelles ont été les raisons politiques de ce choix pour le moins étonnant ? Pourquoi Jacques Chirac a-t-il lancé ce pari ? Qui a réellement pris les décisions ? Jean-Luc Mano et Guy Birenbaum nous font vivre, jour après jour, nuit après nuit, les revirements des hommes politiques, les risques qu’ils croient devoir prendre et les parties de bluff auxquelles ils se livrent. Ils dévoilent les stratégies et révèlent les tactiques. Ce regard porté dans les coulisses des élections dessine, au travers d’une quantité d’anecdotes, parfois cocasses, parfois déroutantes, l’histoire d’un coup politique insensé qui va conduire à une victoire de la gauche.

Aimé Césaire à l’œuvre
par Marc Cheymol, Philippe Ollé-Laprune

Tenu les 8 et 9 octobre 2008 à l’Ecole normale supérieure, le colloque “Aimé Césaire à l’oeuvre” se plaçait dans la double perspective d’un projet éditorial, celui des Œuvres littéraires complètes de Césaire et d’un projet institutionnel, celui de la collection “Planète Libre”, fondée en 2007 en partenariat entre l’Institut des textes et manuscrits modernes (ITEM) du CNRS et l’Agence universitaire de la Francophonie (ACE). Cette collection prenait la suite d’un projet antérieur, ” Archives de la littérature latino-américaine, des Caraïbes et africaine du XXe siècle”, né 30 ans auparavant. Dans les dernières années se sont multipliées des collections de référence, à la fois savantes et accessibles à un grand public. Elles permettent de lire dans son intégralité – et en y ajoutant la dimension critique qui les enrichit- l’oeuvre des grandes figures de la littérature mondiale (Kant, Haubert, Proust, Artaud…). D’autres figures majeures sont restées en retrait, à l’écart de cc type d’édition de référence parce que, quand leur langue est le français, elles sont réputées appartenir à la littérature ” francophone ” – et non à la littérature française – du fait de leur ancrage hors de la France métropolitaine, et parce que les travaux critiques les concernant sont encore dispersés, voire insuffisants tant du point de vue qualitatif que quantitatif. C’est à cette double lacune qu’entendent remédier l’Agence universitaire de la Francophonie et aujourd’hui ” Planète Libre “, en permettant l’édition dans une collection de référence de Pieuvre complète de figures littéraires majeures du XXe siècle : Jacques Roumain, Léopold Sédar Senghor, jean-Joseph Rabearivelo, Léon-Gontran Damas, Aimé Césaire. Le projet Césaire a été lancé avec l’accord de l’écrivain. Ses précieuses recommandations ont permis d’élaborer l’esquisse du volume, qui a servi de base au programme du colloque : introduction et étude philologique préliminaire, le texte (poésie, théâtre), l’histoire du texte, les lectures du texte. Quelques mois après la disparition d’Aimé Césaire, la rencontre dont nous présentons ici les actes prenait à la fois la forme d’un hommage et d’une prospective scientifique. Elle jetait ainsi, dans une méthodologie renouvelée, les bases d’une édition critique des (Lucres littéraires complètes de Césaire dans la collection “Planète libre”. Lors de la réunion du comité éditorial, le 30 septembre 2009, Albert James Arnold a été désigné coordonnateur scientifique de l’édition Aimé Césaire.

Cet homme s’appelle HYC
par Christophe Huysman

Je vais tenter le travail suivant : inventer une personne qui sera toutes les personnes que je croise, que je ne vois nulle part inscrite, que je n’entends pas parler ; cette figure je vais l’inventer avec mes mains. Cet homme s’appelle HYC.

Rappel au règlement
par Pierre Mazeaud

Pierre Mazeaud est un empêcheur de politiser en rond. Ses adversaires, qui se risquent rarement à l’affronter directement, tant ils craignent ses reparties cinglantes et ses arguments affûtés, le décrivent volontiers comme un chahuteur de l’hémicycle. Histoire de minimiser la portée de propos souvent iconoclastes, mais presque toujours pertinents. Si ceux de ses collègues qui ne l’apprécient guère venaient à l’Assemblée nationale en dehors de la séance des questions d’actualité du mercredi après-midi, quand ils espèrent montrer leur tête aux électeurs de leur circonscription, ils connaîtraient pourtant un autre Mazeaud. Juriste de première force, législateur infatigable. Pierre Mazeaud dérange. Par goût. Héritier d’une prestigieuse lignée de professeurs de droit et de hauts magistrats, ne fut-il pas tenté par l’anarchisme ? Mais il a finalement choisi le gaullisme. Ce qui n’est pas un reniement de ses penchants adolescents. Pierre Mazeaud dit à haute voix des vérités que l’on ne proclame pas sans dommage au sein d’un microcosme conformiste à l’excès. Il a demandé la suppression du département. La disparition du Sénat ne lui ferait aucune peine. Il vitupère la décentralisation, qui détruit l’État et multiplie les occasions de corruptions. Contrairement à son parti, le RPR, il est partisan du scrutin proportionnel. Il milite même, en solitaire, pour qu’on revienne sur la réforme de 1962 instaurant l’élection du président de la République au suffrage universel. Indiscipliné mais fidèle, insupportable mais chaleureux, insolent mais libre, Pierre Mazeaud, parlementaire exemplaire, a beaucoup de choses à nous dire sur notre démocratie. La lecture de ce Rappel au règlement décapant mais roboratif, rappellera aux citoyens que nous sommes qu’on respire toujours mieux sur les sommets. Pas étonnant que cette leçon salutaire soit administrée par le premier Français à avoir atteint le sommet de L’Everest. Philippe Reinhard Chroniqueur à RMC.

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