Shakespeare, Antony And Cleopatra : Capes, Agrégation, Anglais par

Lecture de Shakespeare
par

Issues d’un colloque qui s’est tenu à l’Université de Rennes 2, les études présentées ici offrent des éclairages multiples sur la pièce de Shakespeare et envisagent de l’étudier sous des angles différents : historique, psychanalytique, esthétique et théâtral, ce qui devrait permettre aux étudiants du CAPES et de l’Agrégation d’anglais d’enrichir mais aussi d’affiner leur propre interprétation de l’oeuvre.

Jardin et paysage en Grande-Bretagne au XVIIIe siècle
par Marie-Madeleine Martinet, Laurent Châtel

Au XVIIIe siècle, le paysage entrait en jeu avec de nombreux arts : l’architecture qui en fait partie, la peinture avec qui il a des échanges, la musique qui en devient un modèle. Il était un paradigme philosophique, figurant la projection de la pensée sur le monde, l’association d’idées. En l’expérience du paysage la perception interfère avec l’imaginaire ; le paysage contient l’image de sa propre réflexion. Dans le paysage est dessiné le jardin, qui entretient avec lui des relations diverses : rapport d’inclusion, mais aussi d’analogie quand il est dessiné comme un site dit ” naturel ” – ce qui signifie ” vue aux lignes irrégulières “, mais aussi (plus subjectivement) ” vue dont les formes conduisent le regard en des circuits complexes selon le déroulement “naturel” de l’imagination “. Nous avons accès aux paysages du XVIIIe siècle à travers une grille de lecture contemporaine, qui passe elle-même à travers celle du XVIIIe siècle. La réalité est suscitée par sa représentation autant qu’elle la suscite ; si le paysage englobe son image, il y est également (et plus subtilement) contenu : le rôle du jardin est d’articuler ces deux modes inverses dans la vision du promeneur.

Antony and Cleopatra, Le coeur et l’armure
par Jean-Louis Claret

Plus de cinquante pièces portant sur la Rome antique ont été représentées sur la scène anglaise entre 1566 et 1635 et trente-neuf d’entre elles nous sont parvenues dont Antoine et Cléopâtre de William Shakespeare. Après Jules César (1599), le dramaturge élisabéthain se tourne à nouveau vers la traduction anglaise de la Vie des hommes illustres de Plutarque, réalisée par Thomas North en 1579 à partir d’une version française, pour écrire cette tragédie. Les événements rapportés dans The Life of Antonins ont été abondamment utilisés pour mettre en place l’intrigue de la pièce. La mise en parallèle des deux textes est donc riche d’enseignements par ce qu’elle révèle de modifications et d’emprunts directs, tout autant sur les plans structurel que stylistique. Mais ce qui aurait pu n’être qu’un plagiat est en fait une pièce exceptionnelle à plusieurs titres. D’un côté l’Egypte (Abondance, désir, jouissance, oubli), de l’autre, Rome (Mesure, rigueur, honneur, devoir). Le monde s’articule sur deux axes et trois hommes qui se le sont partagé. Le déséquilibre semble au cœur de cet univers dramatique qui s’interroge sans cesse sur le dépassement, l’excès, le renoncement, la trahison des autres et de soi-même. ” Tragédie de l’exiguïté ” paradoxale, Antoine et Cléopâtre présente des personnages en quête d’identité qui se font ainsi les porte-parole d’angoisses d’une acuité particulière en ce début de dix-septième siècle. La nécessité de redéfinir les frontières de l’être prend la forme d’un déchirement, d’un regard en biais qui révèle une réalité anamorphique. L’écriture est dense, somptueuse, hyperbolique, fantasmatique ; feliciter audax disait Coleridge de ce style unique dans l’œuvre shakespearienne. Le dénuement caractéristique de la scène shakespearienne joue à plein et le dramaturge fait osciller cette tragédie entre la restitution poétisée de l’histoire et la mise en place, voire la recomposition, du mythe. La ” distance ” est au cœur d’Antoine et Cléopâtre comme elle l’est de toute aventure théâtrale ou amoureuse. Toutefois, à l’écart inhérent à la mimesis s’ajoute une dialectique du regard, la conscience tragique de la non-appartenance et la sidération opérée par l’image. Mais la distanciation est aussi la forme déguisée de l’entendement et Shakespeare est parvenu, en se tournant vers le passé, à nous faire nous interroger sur notre propre théâtralité.

Guillaume le Conquérant
par Henri Suhamy

Près de mille ans après sa naissance, Guillaume de Normandie (v. 1027-1087), dit aussi Guillaume le Conquérant ou Guillaume le Bâtard, mais qu’en Grande-Bretagne on nomme Guillaume 1er, reste un personnage controversé, fascinant et pourtant quelque peu insaisissable. Il ne subsiste de lui aucun portrait contemporain ; aucun historiographe ni compagnon d’armes n’a laissé de chronique consignant au jour le jour ses faits et gestes. Pourtant son destin a donné lieu à la plus célèbre œuvre d’art de l’Occident médiéval : la tapisserie dite de Bayeux qui relate en images comment le duc de Normandie a pu devenir roi d’Angleterre après la bataille de Hastings (1066) et asseoir une nouvelle dynastie. Cet ouvrage a pour intention de se concentrer avec clarté sur l’essentiel et de replacer le protagoniste dans le monde où il a vécu. A la difficulté d’établir des données objectives sur ce personnage à la fois illustre et obscur, s’ajoute la tentation des prises de position trop passionnelles. Certains font de lui le héros d’une épopée s’étalant sur toute une vie, d’autres un prédateur aussi implacable que ses ancêtres vikings. Le débat dure encore sur la question de savoir s’il fut le destructeur ou l’instaurateur d’une civilisation. L’auteur quant à lui n’a pas hésité à remonter dans le passé normand et anglais, et à envisager les suites de la conquête de l’Angleterre. Guillaume en Angleterre, contrairement à Jules César en Gaule, n’a pas effacé la civilisation ni la langue du pays conquis. Il est à l’origine d’une fusion dont la langue anglaise fait partie et d’où résulte la Grande-Bretagne d’hier et d’aujourd’hui.

Pratiques de l’écriture
par Marie-Jeanne Ortemann

Partant de différents sens inscrits dans le pluriel du titre, ces Pratiques de l’écriture analysent quelques moments stratégiques rencontrés par tous sur un double parcours intérieur : depuis les formes données à la lecture de l’œuvre jusqu’à diverses modalités rédactionnelles, fruits de l’œuvre de la lecture. Au nombre de ces compositions figurent l’explication de texte et la dissertation, deux exercices ou codes, qui sont ensuite présentés en détail jusqu’à l’illustration fine à partir de quelques textes choisis dans l’histoire du Romantisme de langue anglaise et celle de sa première relecture américaine. Rappelant que l’écrivain comme le lecteur s’approprient à longueur de vie le double parcours de la lecture de l’œuvre à l’œuvre de la lecture, chacun à sa façon, cependant de manière partiellement comparable, Pratiques de l’écriture se propose enfin d’indiquer comment un lecteur qui désire se spécialiser dans un domaine de recherche centré sur l’écriture peut mettre à profit une pratique raisonnée de ces codes universitaires pour nourri sa réflexion et ponctué les étapes de ses travaux dans le cadre LMD.

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