SolfŠGe Des Enfants … Une Voix Op.27 par Christoph Hein

La fin de Horn
par Christoph Hein

L’aube des années 80, à Guldenberg, une petite cité thermale de RDA : des écoliers trouvent, à la fin de l’été, le corps de Horn pendu dans la forêt. Muté dans ce trou perdu quelques années auparavant sur ordre du Parti, profondément blessé par la mesure disciplinaire dont il a fait l’objet, Horn était resté l’étranger, un être secret et renfermé. Après sa mort, les langues se délient et cinq voix se conjuguent pour raconter, de leur point de vue, la ” fin de Horn “. Leurs perspectives, contrastées et contradictoires, leurs souvenirs, refoulés ou falsifiés sont les pièces d’un puzzle où le lecteur voit se dessiner peu à peu la figure d’un homme vaincu par un appareil politique, bafoué par la bassesse et la lâcheté de ses concitoyens. Christoph Hein a un talent particulier, corrosif. Il réalise à sa manière le projet de son héros, le Dr Spodek l’un des cinq narrateurs dont nous connaissons l’âme : écrire une chronique de la bassesse humaine. Catherine David, Le Nouvel Observateur Ce qui est tout à fait exceptionnel chez Christoph Hein, c’est qu’il réussit à dresser une chronique de son époque tout en faisant exister des personnages avec leurs conflits intérieurs, leurs dissensions familiales, leur besoin de tendresse. Nicole Zand, Le Monde La Fin de Horn : un des rares romans que l’on ne repose pas avant d’avoir lu jusqu’à la dernière page, la dernière ligne. Mireille Gansel, La Quinzaine littéraire

Le témoin imprévu
par

” A 15 ans, il a été sélectionné pour la mort immédiate. Mais, ce jour-là, le Dr Mengele a fait ressortir de la chambre à gaz une cinquantaine d’adolescents. Un témoignage pour l’histoire. ” Paris-Match Il aura fallu plus de cinquante ans à Jo Wajsblat pour livrer son témoignage : à Steven Spielberg pour son Histoire visuelle des survivants de la Shoah et maintenant dans Le Témoin imprévu. Gilles Lambert, qui a rencontré Jo Wajsblat il y a dix ans, l’a convaincu après de longues conversations de se raconter dans cet ouvrage qu’ils ont écrit ensemble. Du ghetto de Lodz à Auschwitz-Birkenau, Le Témoin imprévu montre la vie d’un adolescent pris dans la plus grande machine à tuer que l’homme ait jamais mise en action, et qui échappe à la chambre à gaz en octobre 1944. Jo nous entraîne aussi à la rencontre des personnages qui ont marqué sa vie. Les chansons de Yankel Hershkowicz font partie de ces moments intenses dans le ghetto de Lodz puis à Birkenau. Grâce à Jo qui les avait gardés en mémoire, ces textes rejaillissent du passé et les mélodies reprennent vie avec les interprétations de la célèbre chanteuse Talila, sur le CD offert avec ce livre.

It’s Raining Love !
par Emma M. Green

 Aristo, sarcastique, arrogant : et dire qu’elle va devoir l’épouser !

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En allant se mettre au vert dans la campagne anglaise, Pippa espère fuir les casseroles qu’elle traîne malgré elle : son foutu ex qui l’a larguée en direct sur un plateau télé, sa mère poule qui n’a de cesse de la couver depuis vingt-quatre ans, et sa tripotée de sœurs sur qui elle ne peut jamais compter.

Alors que l’actrice londonienne vit son pire cauchemar – isolée du reste du monde, les talons aiguilles plantés dans la boue jusqu’au cou –, elle rencontre le British le plus arrogant, le plus égoïste et le plus charming qui soit. Petit problème : ils ne peuvent pas se supporter. Gros problème : Alistair Blackwood lui demande de l’épouser, de tout plaquer et de s’installer dans son manoir d’aristo. Pour de faux, juste pour une sombre histoire d’héritage et d’ego.

Une proposition qu’elle ne va pas pouvoir refuser…

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– Si tu me fais plonger, je plongerai… ajoute-t-il plus bas. Et si je plonge… tu dois plonger aussi.

Je ne comprends ce qui m’attend qu’à la seconde où je croise son regard joueur et son petit sourire provocateur. Les grands bras musclés m’attrapent par la taille. Je me débats déjà, mais trop tard. Je hurle, je ris, je jure, et Alistair me jette dans le lac en riant.

L’eau fraîche me mord la peau avant de s’infiltrer progressivement sous tous mes vêtements. Je remonte à la surface, prête à insulter copieusement mon fiancé, mais il se jette à son tour dans un de ses plongeons parfaits. Je nage jusqu’à lui pour tenter de le couler, de le noyer, mais il m’échappe facilement. Je réalise que j’ai pied en le voyant courir. Il va voir de quoi je suis capable.

Je l’éclabousse tandis qu’il fuit. Je le rattrape alors qu’il rit. Je lui bondis sur le dos et il me fait tournoyer dans les airs. Je m’accroche à sa chemise blanche trempée et je sens qu’elle se déchire sur son torse. Je laisse mes doigts courir sur sa peau, de plus en plus déchaînée, de moins en moins furieuse. Je ne sais plus si je le déteste ou si je le désire.

Dans un grognement viril, Alistair me fait passer d’un seul geste du côté face au côté pile. Mes jambes enroulées autour de ses hanches, mes bras pendus à son cou, mes fringues collées partout sur moi, je sens mes seins se presser contre ses pectoraux. Sans échanger un seul mot, on fait semblant de se battre, comme deux gamins qui n’ont pas trouvé d’autre prétexte pour se toucher. Il me tient sous les fesses, prêt à m’envoyer valser à nouveau dans l’eau. Je m’agrippe à ses épaules, tente de lui résister d’un regard noir. Il me défie du bout des yeux, du bout des lèvres. Et je l’embrasse follement, incapable de résister plus longtemps. Nos bouches humides et fraîches se trouvent et se lient d’une façon si sensuelle qu’elles ont l’air d’avoir fait ça toute leur vie. Nos langues se goûtent et s’adorent. Nos corps se rapprochent encore, s’aimantent, s’épousent, se serrent. Et se décollent quand Alistair bondit en arrière.

 

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It’s Raining Love ! d’Emma Green, histoire intégrale.


Wittgenstein et les limites du langage
par Pierre Hadot, Gertrude Elizabeth Margaret Anscombe, Gottfried Gabriel

Pierre Hadot, grand spécialiste de philosophie antique, fut aussi le premier, en France, à écrire sur Wittgenstein, dans une série d’articles parus de 1959 à 1962. En les lisant, on comprend ce qu’a pu représenter la découverte, pour un philosophe français, d’une pensée alors quasi inconnue, qui joua un rôle décisif dans son cheminement philosophique. On perçoit aussi une nouvelle dimension de la philosophie de Wittgenstein. Les deux premiers textes, consacrés au Tractatus logico-philosophicus, sont une réflexion sur l’Indicible, à partir de la formule wittgensteinienne : ” Ce qui s’exprime dans le langage, nous ne pouvons l’exprimer par le langage “. Les deux derniers, qui ont pour objet les Recherches Philosophiques, laissent entrevoir l’influence capitale qu’a eue sur Hadot la conception révolutionnaire du langage exprimée dans cet ouvrage ; les notions de jeu de langage et de forme de vie l’ont conduit à réfléchir sur la nature du discours philosophique : il n’y a pas “le” langage, ayant pour fonction de désigner des objets ou de traduire des pensées, mais des jeux de langage, destinés, entre autre, à produire un effet sur l’auditeur. Le langage philosophique devra donc être compris dans la perspective d’une activité déterminée, et comme un ” exercice spirituel “.

Les inaudibles
par Cécile Braconner, Nonna Mayer

“Ce livre va au-devant dune population oubliée et hétérogène, celle des «précaires » : travailleurs pauvres, chômeurs en fi n de droits, mères seules avec enfants, bénéfi ciaires des minima sociaux ou personnes en hébergement durgence. Il sappuie sur une enquête réalisée lors de lélection présidentielle de 2012, qui cherchait à comprendre et à mesurer limpact de la précarité sur les rapports des individus à la politique, et sur des entretiens effectués dans des centres daccueil de jour et lieux de distribution alimentaire à Paris, Grenoble et Bordeaux. La lutte quotidienne pour la survie incite aux comportements individualistes, à la « débrouille » plus quà laction collective. Elle suscite un profond sentiment dinjustice face aux riches, mais ne pousse pas à la révolte. Le lien avec la politique institutionnelle nest pourtant pas rompu : les hommes et les femmes en situation de précarité suivent la campagne présidentielle, expriment des préférences, font davantage confiance à François Hollande quà Nicolas Sarkozy et plus à Marine le Pen quau candidat du Front de gauche. Ces positions se traduisent néanmoins rarement en bulletins de vote. Faute de dispositifs leur facilitant laccès à lespace public, les individus en situation de précarité demeurent, la plupart du temps, inaudibles.”

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