Sur Gramsci par Ernst Jouthe

Catharsis et transformation sociale dans la théorie politique de Gramsci
par Ernst Jouthe

Thématique de la catharsis dans la Cittá futura – Prémisses pour une définition du concept de catharsis à partir du texte du Cahier de prison 10 II 6, note I – Pour une théorie de la médiation – Au-delà de Gramsci.

Antonio Gramsci
par Jean-Yves Frétigné

Très fréquemment cité, Gramsci est pourtant une des figures intellectuelles et politiques majeures du siècle dernier dont la vie est très peu connue. Contre la présentation d’un Gramsci désincarné ou célébré en héros et martyr du communisme, cet ouvrage entend restituer l’homme en chair et en os, en montrant les étapes successives de son existence de sa Sardaigne natale à la prison fasciste, en passant par ses années estudiantines à Turin et son accession à la direction du Parti communiste d’Italie. Trop souvent réduite à quelques formules incantatoires, sa pensée, désormais considérée comme faisant partie du patrimoine classique des doctrines politiques du XXe siècle, trouve, en effet, sa véritable signification et sa modernité dans le contexte dans lequel elle se déploie.
Dans cette première biographie en français, Jean-Yves Frétigné nous fait découvrir un géant qui, contre Mussolini et Staline, défend un engagement au service d’un projet de renouveau politique adapté aux sociétés occidentales. En condamnant le fascisme et le communisme réel, sa pensée constitue, hier comme aujourd’hui, un remède et un antidote aux dérives et aux dévoiements de l’idéal révolutionnaire.

Antonio Gramsci
par Jacques Ducol

« Pour vingt ans nous devons empêcher ce cerveau de fonctionner ». C’est par ces mots que le représentant du ministère public, Michele Isgrò commente la sentence qui, le 4 juin 1928, condamne Gramsci à une peine de 20 ans 4 mois et 5 jours de prison. Pourquoi un tel acharnement ? Parce que Mussolini savait combien pouvait être « dangereux », pour le pouvoir fasciste et pour les classes possédantes, un révolutionnaire, secrétaire général du jeune Parti Communiste d’Italie, qui savait allier de façon aussi magistrale profondeur théorique et volonté politique, vision stratégique et habileté tactique. En Gramsci, l’homme de culture et le dirigeant communiste ne font qu’un : en effet, ce n’est pas seulement pour se faire l’historien de la République jacobine ou du Risorgimento, par exemple, que Gramsci s’intéresse à ces grands moments de l’histoire européenne, mais c’est aussi, et surtout, pour examiner et comprendre comment, dans des conditions historiques déterminées, se sont construites ces volontés collectives qui sont les véritables actrices de l’histoire. Et construire une nouvelle volonté collective capable de renverser la domination planétaire du capitalisme libéral, n’est-ce pas le problème politique majeur de notre époque ? La pensée de Gramsci peut nous aider à le résoudre : c’est en cela que par beaucoup d’aspects elle est toujours vivante.

“Gramsci. Il sistema in movimento”. Burgio entre contradiction et cohérence
par Manü Mohr

Recension Littéraire de l’année 2014 dans le domaine Romanistique – Langue italienne et sarde, Littérature, Science sociale, note: 1,7, , langue: Français, résumé: «Il lettore […] non ha quindi soltanto il compito di coglierne il senso e di valutarne limiti e pregi. Deve innanzi tutto cercare di portarli a compimento conferendo loro l’assetto unitario di cui sono rimasti privi». Cette citation d’Alberto Burgio peut être considérée comme l’approche de l’auteur lui-même à l’œuvre gramscienne, celle-ci étant incomplète, mais en aucun cas fragmentaire ou incohérente. Burgio, philosophe, homme politique et professeur d’Histoire de la philosophie à Bologne, semble parachever sa recherche sur Gramsci – à qui il a déjà dédié plusieurs livres – par ce volume qui se propose de lire tous les écrits du théoricien et politicien sarde, comme nous allons le montrer. Ce travail a pour but de présenter et d’analyser Gramsci. Il sistema in movimento en trois parties : dans un premier temps, nous parlerons du contexte, c’est-à-dire du cadre historico-politique dans lequel s’insèrent les concepts et les théories. Ensuite, nous nous interrogerons en détail sur l’approche et les objectifs de l’auteur afin de répondre à la question de savoir si Burgio parvient à voir les liens entre les différents sujets du corpus que nous présenterons et à justifier son approche ainsi que ce qu’il en déduit. Nous nous attarderons sur ses résultats, et pour finir, notre critique et d’autres observations seront présentées dans la conclusion.

Clausewitz
par Emmanuel Terray

L’étonnante fortune dont jouit aujourd’hui encore l’oeuvre de Clausewitz (1780-1831), l’auteur du fameux traité De la guerre, présente un caractère quelque peu paradoxal. Du point de vue de son objet propre, la guerre, la pensée de Clausewitz correspond en effet à une période historique précise – le concert des grands Etats européens aux XVIIIe et XIXe siècles -, et l’on peut juger que cette époque est à présent révolue du fait de l’avènement de l’arme nucléaire, du fait aussi des effets de la mondialisation sur l’autonomie et la consistance des Etats. Pourtant les oeuvres de Clausewitz présentent bien davantage qu’un intérêt historique.
On peut d’abord y trouver les fondements d’une théorie générale de l’action dans le milieu de l’incertitude et du risque ; mieux, toute doctrine qui prend pour axiome premier la souveraineté de l’individu et qui essaie de construire sur cette base le social, le politique ou l’historique est nécessairement amenée à penser la vie sociale sur le modèle de la guerre ; dès lors, elle a tout intérêt à se tourner vers Clausewitz, où elle trouvera une description, à ce jour inégalée, des formes générales que prend le conflit lorsqu’il oppose des volontés à la fois intelligentes et passionnées.
C’est à l’étude de la genèse de cette pensée et à l’évaluation de sa validité dans les conditions de l’action politique et sociale contemporaine que s’est attaché Emmanuel Terray dans cet essai.

Emmanuel Terray est anthropologue à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.Parmi ses derniers livres : La Politique dans la caverne (1992), Une passion allemande (1994) et Ombres berlinoises (1996).


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