Theorie Et Pratique Du Collectivisme Oligarchique par J. B. E. Goldstein

Theorie Et Pratique Du Collectivisme Oligarchique:
par J. B. E. Goldstein

On croyait ce livre fictif ou peut-être inspiré d’un essai bien réel écrit par Léon Trotski, ou encore d’un autre, écrit celui-là par le fondateur du conservatisme américain, James Burnham.
Quoi qu’il en soit, les critiques littéraires avaient été unanimement surpris par cette dimension technique, et même scientifique, à laquelle George Orwell ne les avait pas habitués. Depuis La Ferme des animaux, son précédent best-seller, le célèbre romancier britannique avait manifestement eu un afflux de nouvelles idées et de nouvelles informations qui lui avaient permis d’affiner ce qu’il avait voulu dire.
Dans 1984, Orwell parle à de nombreuses reprises d’un mystérieux livre intitulé Théorie et pratique du collectivisme oligarchique, écrit par un conspirateur nommé “Emmanuel Goldstein”. Ce livre serait aussi fictif que son auteur, mais quelques-uns de ses lecteurs plus perspicaces que les autres en ont toujours douté.

La récente découverte d’un exemplaire en langue française de ce livre, portant la date 1944, en Belgique, semble bien leur avoir donné raison. Car il porte le titre Théorie et pratique du collectivisme oligarchique, et son édition est datée 1944, c’est-à-dire quelques petites années avant que George Orwell commença à coucher sur le papier les premières lignes de 1984. Et en plus, il est signé J.B.E. Goldstein.

On sait maintenant que la première édition de ce suprenant traité du pouvoir politique fut imprimée en russe, mais cette autre là demeure encore introuvable. Car c’est sur un exemplaire d’une traduction française daté 1948 qu’un homme a mis la main au début de l’année 2012.

1984 a été édité pour la première fois une année plus tard, en 1949, mais on sait qu’Orwell avait travaillé durant plusieurs années sur le manuscrit de ce livre avant cela. Le romancier anglais avait vécu quelque temps en France, où il avait appris la langue de ce pays; mais ces dates, trop proches l’une de l’autre, excluent la possibilité qu’il ait pu s’inspirer de ce qui est écrit dans la traduction française du livre de Goldstein.
Alors, qui aurait donc pu lui avoir parlé de la première édition russe de 1944 de Théorie et pratique du collectivisme oligarchique, et avoir pris la peine de lui expliquer longuement tout ce qu’il disait?

La lecture de ce livre, et les noms des auteurs d’à peu près toutes les idées de 1984 qui s’y trouvent nous démontrent, sans aucun doute possible, qu’Orwell en a eu connaissance d’une manière ou d’une autre.


Philosophie et science-fiction
par Université libre de Bruxelles. Institut de philosophie et de sciences morales

Le présent ouvrage se propose d’illustrer deux orientations : – l’une, classique, est celle de la Science-fiction technoscientifique (explorations, voyages dans le temps et dans l’espace). La technoscience, susceptible de conduire l’humanité à sa destruction ou de la métamorphoser en une surhumanité quasi divine, devient objet de fabulation pour une Modernité mise en question ; – l’autre commence à s’imposer dans les années soixante, lorsque l’imagination réinvente des sociétés humaines projetées dans un futur ou un ailleurs relativement proches : Science-fiction sociale, politique-fiction, éco-fiction… souvent peu éloignées de l’utopie ou de l’anti-utopie. C’est cet imaginaire-là qui rencontre le postmodernisme et les conceptions constructivistes propres aux technosciences. Cette évolution parallèle de l’imaginaire fictionnel et de la spéculation théorique est susceptible d’éclairer bien des aspects de la civilisation contemporaine, et de la place que celle-ci réserve aux sciences et aux techniques. Si la perception moderne tendait à hisser les sciences et les techniques en position extra- ou supra-culturelle, le postmodernisme les rend à l’immanence des communautés et des histoires singulières.

George Orwell, de la guerre civile espagnole à 1984
par Louis Gill

George Orwell, qui a participé à la guerre civile espagnole en tant que combattant, a écrit en 1942 ces quelques phrases qui annoncent presque mot pour mot le monde fictif de son célèbre roman, 1984, publié en 1949 : ” Je me rappelle avoir dit un jour à Arthur Koestler “L histoire s’est arrêtée en 1936″, ce à quoi il a immédiatement acquiescé d’un hochement de tête. Nous pensions tous les deux au totalitarisme en général, mais plus particulièrement à la guerre civile espagnole. En Espagne, pour la première fois, j’ai vu des articles de journaux qui n’avaient aucun rapport avec les faits, ni même l’allure d’un mensonge ordinaire. J’ai lu des articles faisant état de grandes batailles alors qu’il n’y avait eu aucun combat, et des silences complets lorsque des centaines d’hommes avaient été tués. J’ai vu des soldats qui avaient bravement combattu être dénoncés comme des lâches et des traîtres, et d’autres, qui n’avaient jamais tiré un coup de fusil, proclamés comme les héros de victoires imaginaires. Ce genre de choses me terrifie, parce qu’il me donne l’impression que la notion même de vérité objective est en train de disparaître de ce monde. A toutes fins utiles, le mensonge sera devenu vérité. L’aboutissement implicite de ce mode de pensée est un monde cauchemardesque dans lequel le Chef, ou quelque clique dirigeante, contrôle non seulement l’avenir, mais le passé. Si le Chef dit de tel événement qu’il ne s’est jamais produit, alors il ne s’est jamais produit. S’il dit que deux et deux font cinq, alors deux et deux font cinq. Cette perspective m’effraie beaucoup plus que les bombes. ” Peu de gens savent que l’inspiration première de 1984 est la participation d’Orwell à la guerre civile espagnole et la terreur stalinienne qu’il y a découverte. La mise en évidence de ce lien constitue la trame de ce livre.

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