Voici Maître Eckhart par Collectif,, Emile Zum Brunn

VOICI MAITRE ECKHART
par Collectif,, Emile Zum Brunn

Etrange destinée que celle de la pensée de Maître Eckhart. Elle a nourri, en son temps, l’expérience mystique rhéno-flamande à laquelle elle apportait l’appareil conceptuel, le logos, dont elle avait besoin pour faire entendre autre chose que son chant et toucher des esprits théologiques et métaphysiques que l’élan du cœur n’avait pas entièrement subjugués. Elle a exprimé cette part de raison hors des mots de la raison sans laquelle le pur vécu de l’illumination intérieure n’eût pu frayer sa voie dans le clair-obscur de l’entendement. Et il est hors de doute que, par l’intermédiaire de Suso et de Tauler, Eckhart joua, dans les milieux monastiques, le rôle d’un véritable maître spirituel : un maître qui ne se contentait pas d’enseigner mais qui apprenait à ses auditeurs à se découvrir eux-mêmes et à accéder à leur propre parole de vérité. Cette emprise profonde et fidèle sur les âmes dut se poursuivre dans l’ombre des cloîtres bien après la condamnation romaine de 1329. Les grands siècles rationalistes la tinrent en lisière mais ne l’étouffèrent pas. Elle resurgit en plein cœur du romantisme allemand comme un irréductible noyau de lumineuse ténèbre, d’irrationalité transcendante et abyssale, auquel la réflexion philosophique et l’expérience spirituelle n’ont pas fini de se référer. Les textes ici rassemblés, outre des fragments de l’œuvre allemande d’Eckhart et de ses disciples, mettent en lumière la féconde actualité du métaphysicien, du théologien et du mystique que fut le maître rhénan. Elles se proposent comme un carrefour de disciplines et de cultures où l’Extrême-Orient, le judaïsme, l’islam sont amenés à exprimer leurs affinités – métaphysiques, spirituelles, éthiques et linguistiques avec la pensée d’un esprit profondément chrétien dont on pourrait dire que sa marginalisation historique a préservé toute la sève, la saveur et la flamme, et qui demeure comme une permanente puissance d’incitation à l’intériorité, jusqu’à la conjonction extatique de l’être et du néant. C. LOUIS-COMBET.

Connaissance et vérité chez Maître Eckhart
par Julie Casteigt

Qu’est-ce qui relie l’oeuvre universitaire de Maitre Eckhart (1260-1328), ecrite dans la langue des clercs, le latin, avec ses sermons preches en langue vernaculaire, le moyen haut allemand, pour inviter tous ses auditeurs a naitre comme fils de Dieu maintenant, avant meme de sortir de cette eglise ? L’hypothese de ce livre consiste a supposer leur unite en recherchant dans la theorie de la connaissance vraie qui est developpee dans l’oeuvre latine, en particulier dans le Commentaire de l’Evangile selon saint Jean, les principes metaphysiques et noetiques du theme majeur de l’oeuvre spirituelle allemande: la naissance de Dieu dans l’ame. Or quel est le fondement philosophique par lequel Maitre Eckhart, l’un des representants majeurs de l’Ecole de Cologne, si influencee par le neoplatonisme, tente de rendre raison de l’acte par lequel l’homme est uni a Dieu? C’est dans sa relecture du De anima d’Aristote qu’Eckhart decouvre son argument majeur: l’analogie avec l’union en acte du connaissant et du connu qui a lieu dans toute connaissance naturelle. La theorie de la verite s’avere ainsi un des lieux fondamentaux ou se realise le projet eckhartien: manifester l’unite de la theologie et de la metaphysique en essayant d’expliciter et de deployer les mysteres des Ecritures au moyen des arguments des philosophes.

Initiation à Maître Eckhart
par Kurt Ruh

Maître Eckhart compte parmi les figures les plus éminentes du Moyen Age. “Favorables ou hostiles, les sentiments qu’il a pu inspirer rendent compte de la sagesse ou de la folie de notre existence. Du fond des siècles s’offrent à nous les paroles du maître. Semblant d’abord proches de notre expérience personnelle, elles s’en éloignent subitement, nous apparaissent étonnamment étranges, puis soudain lumineuses, jamais atteignables.” Par ces mots, Kurt Ruh caractérise notre rapport complexe au maître dominicain dont l’oeuvre et la pensée sont présentées dans cette initiation qui est le fruit d’une vie de recherche consacrée à la mystique européenne. De fait, ce livre propose la première biographie intellectuelle complètedu dominicain allemand, offrant à la fois un récit de sa vie jusqu’au procès d’inquisition et un magnifique exposé de sa doctrine sous l’angle de la philosophie, de la théologie, de la spiritualité et de la kérygmÎtique. Il n’est pas exagéré de dire qu’il s’agit de la meilleure présentation d’ensemble de la pensée eckhartienne actuellement disponible. Ce volume complète utilement les nouvelles recherches francophones sur l’oeuvre eckhartienne. Kurt Ruh, professeur émérite de l’Université de Würzburg, est l’auteur d’une monumentale histoire de la mystique européenne dont trois volumes ont paru jusqu’à ce jour.

Théologie négative et connaissance de Dieu chez Maître Eckhart
par Vladimir Lossky

Le merite de cette etude est son refus de reduire la theologie d’Eckhart au developpement systematique d’une seule notion fondamentale. Mais cette theologie n’y est pas non plus concue comme une sorte d’eclectisme ou chacune de ces notions aurait sa place et trouverait successivement son tour. S’il y a chez Eckhart une notion fondamentale, c’est celle de Dieu, ou, plutot, c’est celle de l’ineffabilite de Dieu. Dieu est l’etre, assurement, mais n’est-il pas plutot l’Un? Ou l’Intellect? Comprendre qu’il est chacune de ces perfections, absolument, purement, donc en apparence a l’exclusion des autres, c’est justement en quoi consiste l’ignorance transcendante qui eleve Dieu au-dela de toutes les affirmations. Vladimir Lossky a ainsi voulu mettre en lumiere le refus qu’oppose Eckhart a toute tentative d’inclure la divinite dans une notion qui se tiendrait pour suffisante a la definir.

Maître Eckhart, le procès de l’un
par Hervé Pasqua

” Penser avec Eckhart et, au cas échéant, contre lui, tel est le dessein de l’auteur de ” Maître Eckhart, Le procès de l’Un. ” Dans cet ouvrage important, Hervé Pasqua, directeur de l’Institut catholique de Rennes, présente l’œuvre du maître rhénan à la lumière de son néoplatonisme. Le titre peut s’entendre à la fois comme mise en accusation de l’Un et processus de développement ou d’émanation de l’Un, au sens où tout en procède. S’opposant à la thèse de ceux qui considèrent qu’il y aurait deux Eckhart, celui pour qui Dieu est l’Etre et celui pour qui Dieu est l’Un, Hervé Pasqua tranche résolument dans les ambiguïtés du Thuringien et propose une lecture fortement néoplatonicienne de Maître Eckhart. Dans une première partie, il considère la Déité comment étant le nom de l’Un, dans la seconde il montre la misère de l’Un sans l’être. Il tente ensuite de dénoncer les faiblesses de cette pensée et de faire le procès de l’Un. Ce livre d’Hervé Pasqua s’inscrit dans une vaste réflexion qu’il mène depuis plusieurs années sur le thème du rapport entre l’Un et l’Être, visant à dégager la perspective d’un Etre qui, au-delà de toute ontothéologie réduisant l’être à l’étant, occuperait le rôle que joue l’Un dans la pensée d’inspiration néoplatonicienne. Sa visée est sans doute aussi de mettre en garde contre une théologie qui porte exagérément l’accent sur l’apophatisme. ” Benoît Beyer de Ryke, Université libre de Bruxelles.

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